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    Les Philippines du 15ième siècle à aujourd'hui 
    par Mathieu Pontbriand 

LES PREMIERS HABITANTS 

Pendant longtemps, on a cru que les premiers habitants des Philippines avaient été les Négritos, mais de récentes découvertes archéologiques sont venues changer cette thèse.  Néanmoins, les Négritos restent une peuplade très importante dans le peuplement des îles.  Ils auraient commencé à les coloniser près de 30 000 ou 20 000 ans av. J.-C. 

Vers 3000 ou 2000 avant notre ère, les Ifugaos, en provenance de Taïwan, les firent régresser dans les montagnes de Négros, de Sumar et Leyte, où ils vivent encore selon le mode de vie de cette époque.  La troisième vague d'immigrants qui peuplèrent les Philippines furent les Malais d'Indonésie au troisième siècle av. J.-C. 

Cette période de peuplement dura jusqu'en 1200, expliquant ainsi que la majorité des Philippins d'aujourd'hui descendent des Maléo-Indonésiens.  Ils amenèrent avec eux le travail du fer et le tissage. Les Philippines pré-coloniales possédaient une civilisation assez développée, les peuplades étant liées entre elles.  Il y avait deux groupes: les sédentaires et les semi-nomades.  Le premier groupe vivait en village et subsistait grâce aux rizières et à la pêche.  Le second vivait de chasse et de culture sur brûlis.  L'organisation des tribus permit de développer des échanges entre celles-ci et par la suite de former un commerce avec les Chinois, les Hindous, les Malais et les Indonésiens. 



 
 

ESPAGNE

Les Espagnols prirent le contrôle des Philippines en 1565, lorsque le conquistador Miguel de Legazpi y débarqua.  Ce dernier entreprit une conquête du territoire qui dura jusqu'en 1571, année où il s'empara du site actuel de Manille contre les Musulmans.  De Legazpi y fonda sa nouvelle capitale un 24 juin.  Par contre, les îles du Sud, où se trouvaient des sultanats aptes à se défendre, ne se soumirent jamais au contrôle hispanique, sauf le Sultanat de Sulu en 1850. 

Les Espagnols placèrent les Philippines, étant donné leur position stratégique, au centre de leur axe commercial Chine-Acapulco.  Dans ce commerce, les deux empires s'échangeaient de la soie venant de la Chine Manille, dans le cadre de la Guerre de Sept Ans.  Cet événement sortit les Philippines de l'isolationnisme dans lequel leur métropole les tenait depuis 1565.  De fil en aiguille, l'accès au monde extérieur se concrétisait. Quand Singapour fut fondée, la vieille route commerciale, qui n'était plus rentable, tomba en ruine en 1813.  Les Philippines furent donc ouvertes aux échanges internationaux. Manille devint un port franc en 1837 et les échanges avec l'Europe augmentèrent avec la création du Canal de Suez en 1869.  L'internationalisation de son commerce permit aux Philippines de développer son économie, et ainsi de se démarquer face au Mexique, principale colonie de la couronne d'Espagne. 

Celle-ci avait beaucoup de difficulté à imposer sa loi sur sa colonie du Pacifique, due à la forte influence de l'Église sur les autochtones. L'administration coloniale était très sévère et raciste, allant même jusqu'à empêcher certains Philippins d'entrer en religion.  C'est ainsi que se formèrent des mouvements de rébellion, les natifs voulant participer davantage à la direction de leur pays.  La sévère répression de la rébellion qui eut lieu à Cavite, en 1872, allait donner un élan à la résistance philippine, se développant même en Espagne où se trouvait certains étudiants et exilés.  Cette radicalisation déclencha l'insurrection armée du Katipunan, mouvement dirigé par Andrés Bonifacio. C'était la révolution des Philippines!  Trop radical, Bonifacio fut remplacé dès 1897 par le général Émilio Aguinaldo, le père de la première République des Philippines. 



 
 

ORDRES RELIGIEUX: L'ÉGLISE CATHOLIQUE AUX PHILIPPINES

Les premières communautés religieuses espagnoles débarquèrent en 1577.  Elles possédaient des sphères d'influence bien déterminées par le roi. Ces congrégations religieuses eurent la particularité d'enseigner aux indigènes dans leur langue maternelle.  Ceci n'était pas nécessairement un acte de bonne foi. En agissant ainsi, ils coupaient les communications entre les Philippins et le gouvernement colonial puisque seuls les frères pouvaient servir d'intermédiaire.  Ainsi, le clergé prit une place considérable dans la société philippine.  Dès 1605, la plupart des habitants des Philippines, à l'exception des Moros, était convertie.  L'église put installer son pouvoir grâce à la dévotion des femmes philippines. Elles se donnèrent corps et âmes, malgré que presque tout droit leur était refusé, situation qui ne parut changer qu'avec l'arrivée des Américains. 

À cause de la lutte que se livraient les ordres religieux pour augmenter leur zone d'influence, dont le but était d'accroître leur territoire, l'Église se fit haïr du peuple.  Mais d'un autre côté, elle travailla aussi à son bien en tentant de mettre un peu de baume sur leurs souffrances à la suite des excès des Espagnols. C'est en influençant l'identité, le système de valeur et économique que l'Église créa le nationalisme philippin qui prit forme au cours du XIXe siècle.  En fait, elle créa une cohésion entre les différentes peuplades. 

Quand l'île passa sous contrôle américain, l'Église catholique resta.  Par contre, en 1902, on forma dans certaines villes l'Église indépendante des Philippines qui prit possession des biens de l'Église catholique, mais en 1906, la Cour suprême des États-Unis l'obligea à les restituer.  L'Église est restée une institution influente, contrôlant même d'importantes institutions bancaires. Aujourd'hui, 85% de la population est catholique. Le poids politique de l'Église demeure. Son appui aux accords du 2 septembre 1996 entre le gouvernement et le Front national de libération moro (M.N.L.F.), malgré l'assassinat de l'évêque de Jolo, pourrait aider à mettre un terme à la guérilla avec les Moros. 



 
 

LE CONTRÔLE DES AMÉRICAINS: L'ÉPHÉMÈRE RÉPUBLIQUE ET LA CONQUÊTE AMÉRICAINE

En 1898, les États-Unis déclarèrent la guerre à l'Espagne pour «libérer» Cuba, colonie espagnole des Antilles.  Déjà en révolution contre leur métropole, les Philippins s'allièrent naturellement avec les Américains qui avaient alors un escadron amarré à Hong Kong. Les navires américains prirent la mer et partirent pour la baie de Manille, où ils annihilèrent la flotte du Pacifique de l'Espagne.  C'était le début de l'occupation américaine

Le 12 juin 1898, Aguinaldo proclama l'indépendance.  Mais ses alliés avaient d'autres projets pour l'archipel.  Le 12 décembre suivant, au Traité de Paris qui mettait un terme à la guerre, les Américains achetèrent la colonie espagnole pour 20 millions de dollars.  Cette vente n'allait pas empêcher la formation officielle de la République le 23 janvier avec Aguinaldo comme premier président. 

Devant ces événements, une guerre complètement inégale éclata le 4 février 1899 entre les deux républiques.  Étant peu habitués à la guerre, les Philippins ne faisaient pas le poids face à la puissance de frappe des soldats américains qui, eux, étaient des vétérans.  En 1901, Aguinaldo fut capturé et dut prêter un serment d'allégeance au gouvernement des États-Unis. La loi martiale fut installée: quiconque prônerait l'indépendance allait être envoyé en prison ou être tué. Le Président des États-Unis, Théodore Roosevelt, déclara officiellement la fin de la guerre le 4 juillet 1902.  Dans les faits, la guerre continua jusqu'en 1907 sur le front nord et se termina en 1913 sur le front moros, peu reconnu aux États-Unis et par le gouvernement philippin. Les deux camps commirent plusieurs massacres dans ce que plusieurs historiens décrivent aujourd'hui comme la «première guerre du Viêt-nam».  Les Américains perdirent 10 000 hommes et les Philippins de 400 000 à 600 000. 

Les raisons de cette conquête sont simples.  Les États-Unis vivaient une période de dépression économique depuis 1893. Ils décidèrent alors de stabiliser leur marché asiatique, principalement en Chine.  Ils agirent donc de la même manière que les Espagnols: ils s'emparèrent des Philippines, point névralgique de ce commerce. 



 
 

LES PHILIPPINES SOUS L'OCCUPATION AMÉRICAINE (1902-1946)

À partir de 1902,  les Américains étaient pratiquement maîtres des îles. Le Congrès vota l'Acte des Philippines, qui faisait de l'anglais la langue officielle d'enseignement.  Mais aux États-Unis, une très forte vague anti-impérialiste secouait la Maison-Blanche;  l'asservissement d'un peuple allait à l'encontre de la Constitution américaine et du droit des peuples à se gouverner eux-mêmes.  Pour donner meilleure impression, le gouvernement légiféra le «Philippine Bill» pour «démocratiser» cette conquête: on implanta une Assemblée nationale, élue par le peuple des Philippines, mais celle-ci ne fut formée qu'en 1907 lorsque la guerre au Nord se termina. Il fut aussi inclus dans cette loi des structures de développement économique et la propriété privée de la terre.  C'est dans ces circonstances que la démocratie allait être implantée aux Philippines 

En 1916, lorsque le parti nationaliste de Manuel Quezon remporta les élections, les Américains durent voter la Loi Jones pour afficher leur désir de voir leur colonie acquérir son indépendance lorsqu'elle serait assez mature.  Ce désir d'indépendance dans la paix et dans la démocratie amena la Loi Tyeling-McDuffe qui créa le Commonwealth des Philippines en 1934. C'était presque l'indépendance.  Un système politique à l'américaine s'implantait: élection d'un président, d'un vice-président, d'un congrès à deux chambres et d'une cour suprême.  Mais l'article le plus important était la promesse de l'indépendance qui allait devenir effective dans dix années (1944). 

Malheureusement, cette promesse fut brisée en 1941, non pas par les Américains mais par les Japonais qui occupèrent la colonie jusqu'en 1944, au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Quand ils revinrent, les Américains remarquèrent la fidélité des Philippins à la métropole.  Ce dévouement leur valut l'indépendance en 1946 avec l'élection de Manuel Roxas.  Avec la Loi Bell, les Américains conservèrent toutefois une structure de libre-échange et ils gardèrent 23 bases militaires pour 99 ans. Mais en 1991, le dernier soldat américain quittait la dernière base américaine aux Philippines. 



 
 

LES MOROS

L'histoire des Musulmans philippins a suivi le cours de celle du reste des Philippines, mais s'est vécu tout à fait différemment.  Celle-ci commence sur l'île de Tawi-Tawi, où accosta, un jour de1380, un cheikh arabe nommé Karim Al-Makhduni. Lorsque le Sud fut converti, en particulier l'île de Mindanao, le Nord commença à tomber sous l'influence musulmane, mais les Espagnols arrivèrent et stoppèrent cette expansion.  Ceux-ci, surpris d'y retrouver cette religion, surnommèrent les Musulmans philippins Moros, mot qui venait du frais souvenir des Maures.  Les Musulmans adoptèrent, par la suite, ce nom pour montrer leur unité face à l'envahisseur catholique, lequel ne put jamais établir un contrôle permanent et solide sur eux. 

Quand les Philippines furent cédées aux Américains, les Moros reconnurent leur autorité sur l'île en retour d'une promesse d'autonomie.  L'engagement, appelé l'Accord Bates, fut brisé en 1903 quand les feux de la guerre au Nord commencèrent à s'estomper.  Ce fut le début du front moros qui dura jusqu'en 1913. Les Américains commirent plusieurs abus face à la population locale. En 1930, l'administration coloniale poussa les Catholiques à migrer vers le Sud, pour ainsi diminuer la majorité musulmane moins docile.  Les Catholiques, qui étaient 1,5 millions en 1903, constituaient 85% des 20 millions d'habitants de Mindanao, près d'un siècle plus tard.  Les Moros perdirent ainsi beaucoup de terre arable.  Ce vol n'était pas juste le crime des Catholiques, il était aussi celui des grandes entreprises, invitées à venir s'établir sur ces riches domaines. 

Devant les injustices flagrantes et la pauvreté si généralisée, la révolte éclata en 1969.  Le conflit a causé jusqu'à maintenant 130 000 hommes morts et 1 million de réfugiés, autant chez les Chrétiens que chez les Musulmans.   Malgré cette catastrophe, la situation avança tout de même diplomatiquement, bien que ce fut à pas lent.  Mais depuis le 2 septembre 1996, un accord promettant une participation accrue des Moros au gouvernement de leur territoire a été signé avec le M.N.L.F, le principal parti rebelle. 



 
 

FERDINAND MARCOS

Élu démocratiquement en 1965, Ferdinand Marcos améliora, durant son premier mandat, l'agriculture et l'éducation et la production industrielle augmenta. 
C'est à la suite de sa réélection en 1969 qu'il commença à installer sa dictature. Faisant face à des problèmes économiques, il se rapprocha des États-Unis,  choquant ainsi une partie de la population.  Ceci s'ajouta à la pauvreté de la population qui ne cessait de croître, causant ainsi les révoltes communistes et musulmanes.  Et comble de malheur, à la veille des élections, son parti frôla la scission. 

Devant tous ces problèmes, Marcos déclara la loi martiale et en profita pour faire arrêter les chefs de l'opposition dont son principal rival, Benigno Aquino.  Elle ne fut levée qu'en 1981.  Entre temps, Marcos changea le système présidentiel en système parlementaire, ne donnant pas de date pour l'application de ce changement.  Il créa ainsi un vide, qu'il remplit lui-même, devenant l'homme fort du pays.  La corruption rongeait l'économie pendant que près des trois quarts de la population vivaient sous le seuil de la pauvreté.  Marcos, lui, s'enrichissait allègrement, pendant que sa police terrorisait sa population. 

En 1983, il fit assassiner Aquino alors qu'il descendait de l'avion qui le ramenait d'un exil médical aux États-Unis.  Ce geste provoqua des manifestations populaires.  Ces événements provoquèrent une réaction en chaîne qui allait mener au déclenchement des élections en 1986.  Sa rivale, la veuve de Benigno Aquino, Corazon, le vainquit. Marcos se déclara quand même vainqueur mais les mouvements de protestation et le général Fidel Ramos, futur président des Philippines, et ses soldats allaient le chasser hors du pays.  Le dictateur fut contraint de s'envoler avec ses milliards vers Honolulu où il mourut en 1989, laissant les Philippines dans le marasme économique. 



 
 

BIBLIOGRAPHIE


cybrport@er.uqam.ca