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LE SUMÔ : SPORT NATIONAL DU JAPON

par Viviane Nguyen

Professeure Josée Jacques, Collège de Rosemont  (Automne 2000)


Bien avant que ne soient introduits les sports occidentaux, le Japon bénéficiait déjà d'une longue tradition sportive dans des disciplines tirant, pour la plupart, leur origine dans les arts martiaux tels que le kendô (escrime japonaise), le jûjutsu (aujourd'hui dénommé jûdô), le kyûdô (archerie), le bajutsu (une forme d'art équestre) et le suiren (natation traditionnelle). 

Parmi les sports traditionnels, le sumô jouit incontestablement de la popularité la plus éminente. 

Dans l'Antiquité, la lutte japonaise s'exerçait souvent lors des fêtes rituelles. Depuis le 16e siècle, le sumô devint un divertissement de cour. Six fois par an, des rencontres appelées ô-zumô se déroulent durant une quinzaine de jours, organisées par la Fédération de Sumô.

Ses origines remontent au début de notre siècle et son cérémonial, apparenté au rituel shintô, lui confère une particularité sacrée qui explique largement cette popularité.  Cette activité sportive évoque l'esprit et l'essence même du Japon. De plus, c'est un  sport unique qui exige des athlètes de la rapidité, de la force et de la dextérité.

Deux  rikishi (lutteurs) vêtus d'un seul pagne s'affrontent sur le dohyô, ring circulaire monté sur un tertre d'argile. La cérémonie d'ouverture est empreinte de prestance. Les lutteurs qui vont se mesurer se présentent sur le tertre. Après avoir salué le public, ils s'accroupissent, frappent dans leurs mains (comme le font les fidèles dans les temples, quand ils veulent attirer l'attention des dieux avant d'entamer leurs prières), puis écartent les bras pour assurer un combat honorable. Ils se balancent ensuite d'une jambe à l'autre en martelant le sol pour repousser les mauvais esprits. Puis ils se retirent après avoir fait une révérence aux spectateurs.

Avant de s'affronter, les rikishi se purifient maintes fois avec du sel et rincent leur bouche à l'eau (acte spirituel de purification du corps et de l'esprit). Puis, quand la période réglementaire est écoulée, généralement d'une durée d'environ quatre minutes, le gyoji  (arbitre), dont l'habit rappelle celui des prêtres shintô, baisse son éventail et c'est alors que le combat débute. Les rikishi se projettent l'un contre l'autre de toutes leurs forces. Le vainqueur sera celui qui parviendra à expulser son adversaire hors du cercle situé au milieu de l'arène ou à lui faire toucher le sol, à l'intérieur du cercle, avec toute partie de son corps autre que ses pieds, en utilisant l'une des quarante-huit prises réglementaires. Le combat peut durer de quelques secondes à quatre ou cinq minutes. Cette courte durée en fait l'un des sports les plus rapides et les plus courts dans le monde. 

Il existe quarante-huit prises reconnues pour battre le partenaire parmi les techniques de base, les techniques de hanche, de jambe, de bras et les techniques spéciales. Les coups de karaté ou de boxe sont prohibés, ainsi que les coups de pieds dans la poitrine, l'estomac ou la tête.

On relève une moyenne de 750 sumô professionnels au Japon. Les meilleurs rikishi professionnels accèdent vite à la gloire et empochent des sommes considérables. La formation d'un lutteur requiert plusieurs années d'entraînement et le système de formation en vigueur depuis plusieurs siècles exige du futur champion un sacrifice de tous les moments. Le jeune Japonais distingué pour sa force, sa taille et son poids doit acquérir de bons résultats dans les petits combats organisés localement dans tout le Japon. Ses exploits feront de lui un grand lutteur renommé, ce qui captivera l'attention d'un entraîneur et il lui sera recommandé d'entrer dans un groupe de lutteurs. S'il accepte, il est alors engagé dans une heya à Tokyo, comme pensionnaire.

Le jeune espoir est alors élevé dans l'une de ces heyas (maisons) qu'il ne quittera jamais. Celui-ci ne touche aucun salaire jusqu'à l'âge de 19 ans. Par contre, il est nourri et reçoit quelques yens d'argent de poche du patron du gymnase. Chaque année, quelques 800 prétendants lutteurs sont admis dans la trentaine de heyas que compte le Japon. La majorité de ces jeunes, soit 80%, abandonne après quelques mois. Seulement 5% seront classés plus tard dans les catégories supérieures. Le jeune combattant musclé doit améliorer sa souplesse, amplifier sa musculature pendant des heures et renforcir sa stabilité en gagnant quelques dizaines de kilos. Pour débuter en compétition, il doit obligatoirement peser au minimum 75 kg, et pour accéder à la catégorie des champions, 90 kg. La plupart des combattants mesure environ 1,85 m et leur poids varie de 130 à 150 kg.

Les lutteurs de rangs moyen et supérieur disputent une épreuve par jour pendant quinze jours et voient leur classement fluctuer en fonction des résultats obtenus en fin de session. Il faut au moins huit victoires pour gagner un trophée. La coupe la plus convoitée offerte par l'empereur n'est remise qu'à celui qui aura remporté le plus grand nombre de victoires. Il est toujours étonnant de voir ces lutteurs se battre avec agilité, endurance, force, équilibre et vitesse. 

Tous les peuples ont développé dans leur histoire une lutte sans armes. Au Japon, la lutte sumô est une combinaison de sport et de religion. Malgré les succès récents remportés par les sports occidentaux comme le base-ball, le sumô reste le seul sport noble traditionnel du Japon. Comme dans tous les autres sports, plus on en connaît les règles du jeu, plus il devient captivant.
 

Pour en savoir plus : 
 



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